Ils continuent à marcher, le long du Reìrar. Tara est la dernière. Elle se retourne à un moment et voit un cavalier noir sur l’autre rive. Elle se retourne.
Tara : Mon seigneur, j’ai vu un cavalier noir, sur l’autre rive !
Agon se retourne, mais le cavalier n’est plus là.
Agon : Es-tu sûre de ce que tu avances ? Il se peut que c’ait été une hallucination.
Tara : Non, il était bien là ! Je puis vous l’assurer !
Jarel : Il s’agit peut-être de fatigue ? Vous n’êtes pas habituée aux longs trajets.
Tara : J’ai déjà passé plusieurs veillées loin de ma maison. Je sais ce que sont des hallucinations dues à la fatigue ! Ce n’en était pas !
Oran : Je propose que nous nous reposions. La nuit ne va plus se faire attendre très longtemps.
Tara : Non, continuons jusque des bois. Nous devons nous protéger.
Agon : Si tu ne te sens pas trop épuisée, il y a des bois à quelques furlong, nous y serons plus en sécurité qu’ici.
Ils continuent à marcher.
La nuit tombée, il s’arrête à l’orée d’un bois.
Agon : Nous ne sommes plus très loin d’Avalon. Nous pourrons y être dans quelques jours, si nous passons inaperçus.
Oran : Passer inaperçus ? Que voulez-vous dire par cela ?
Jarel : Les orques sont aussi à la recherche d’Avalon. Ils savent que s’ils viennent à bout des elfes, leur maître n’aura plus à craindre la rébellion. Et la plupart des elfes se trouvent à Avalon.
Agon : Leur roi se trouve en cette demeure. Ou du moins, son descendant, car s’il y a maintenant cinq mille ans que Maer gouverne les royaumes elfiques, l’un de ses parents est toujours vivant, d’après les légendes.
Tara : Le roi Nemloth ? Celui qui fut le premier des elfes à s’installer sur les Terres Ancestrales ?
Agon : Oui, en effet. Il quitta ses terres natales car il sentait le mal s’installer. Il fut suivit par de vaillants elfes de sa maison …et par des dragons. Il est dit dans un mythe qu’il aurait été capable de chevaucher ces dragons, les dragons de Nemloth, et qu’il vint avec eux à la Grande Guerre, face aux Ubrals.
Oran : Mon père ne croyait pas à cela. Il disait que ce n’était que des duperies des elfes pour que nous continuions à avoir foi en eux et en la rébellion.
Agon : Personne, hormis les elfes, ne savent où s’arrête la légende et où commence la vérité. Mais il est dit qu’à la fin de la Grande Guerre, Nemloth laissa la royauté à son petit-fils, Maer, et il s’en alla, alors qu’il était blessé, sur son dragon. Personne ne le revit depuis.
Oran : Je n’y crois pas ! Les dragons sont très dangereux.
Jarel : Les dragons de feu, oui, eux ils sont irraisonnés. Mais les dragons de Nemloth, eux, sont des êtres de sagesse et de pureté. Ils honorent leur race par leur grandeur et leur noblesse.
Oran : Qu’en savez-vous ?
Jarel : Rien, en effet. Mais je crois en ces temps passés. Car Urgh vient du passé !
Agon : Et sans nous, il deviendra notre avenir.
Oran : Je ne crois pas !
Tara : Croyez-vous encore à la liberté ? À l’espoir ?
Oran : Je n’y aie jamais cru.
Tara : Je suis de celles qui n’ont jamais connues la vie libre, sans Urgh. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir vécu dans ce rêve de paix d’après les dires du seigneur Agon ou de Jarel. L’avez-vous connu ?
Oran : Je n’étais encore qu’un petit garçon. Je n’en ai aucun souvenir !
Tara : Si j’avais eu l’occasion de vivre consciemment dans ces terres, avant Urgh. Je n’aurais jamais pu l’oublier !
Oran : Même si vous aviez perdu votre mère, devant vos yeux ?
Agon : Il est vrai que ce dut être une rude épreuve que celle que vous avez endurée. Je vous comprends, je n’ai pu sauver une personne qui m’était chère. Mais pour elle, je me bas. Et jour après jour, j’espère honorer sa mémoire.
Jarel : On peut parfois se poser des questions : pourquoi est-ce nous qui avons survécu, et non notre proche ? Le destin est parfois étrange. Mais les Dieux nous réservent toujours de grandes surprises.
Tara : Ayez foi. Ce n’est pas compliqué. Il suffit d’ouvrir son cœur, à une idée, à un idéal, à l’espoir.
Oran : Quel est votre espoir ?
Tara : J’avais une petite sœur, elle s’appelait Grya. Il y a cinq ans, mon village s’est fait attaquer. Urgh pensait qu’il s’agissait de rebelle. Je n’ai jamais su ce que Grya est devenu. Au fond de moi, j’espère qu’elle est vivante et qu’elle n’a pas erré seule. Je me doute que jamais je ne saurais la vérité, mais cela n’enlève pas ma conviction. C’est pour elle que je me bas, et pour tous ceux qui sont morts sans raisons. Si vous êtes indifférent à cela, alors oui, votre place n’est pas avec nous.